Paris 2024 a changé les attentes
Il aura manqué quelques centimètres. Ceux qui séparaient le pied de Gabby Williams de la ligne à trois points sur le dernier tir de la finale olympique face aux États-Unis. Battues 67-66 à Bercy, les Bleues avaient quitté Paris avec l'argent, mais surtout avec une nouvelle certitude : celle de pouvoir regarder la référence mondiale droit dans les yeux. Face à une sélection américaine invaincue aux Jeux depuis 1992, la France avait poussé Team USA jusqu'à la dernière possession.
Deux ans plus tard, cette finale a forcément changé les attentes. La France n'est plus seulement une équipe capable de se mêler à la lutte pour les médailles : elle arrive à Berlin avec le statut de deuxième nation mondiale et l'ambition assumée de retrouver le dernier carré. Un changement de dimension qui implique aussi de nouvelles exigences autour de cette sélection.
La quatrième place à l'Euro 2025 a néanmoins rappelé qu'aucun statut ne garantit un résultat. À Berlin, les Bleues devront donc faire plus que montrer qu'elles ont leur place parmi les meilleures : elles devront traduire leur potentiel et leurs ambitions sur le terrain.

Un effectif armé, une préparation express
Sur le papier, difficile de ne pas placer les Bleues parmi les principales candidates au podium. Jean-Aimé Toupane dispose d'un groupe mêlant l'expérience de Gabby Williams, Marine Johannès ou Valériane Ayayi à une génération qui a continué de grandir ces dernières saisons. Dominique Malonga, Leïla Lacan, Janelle Salaün ou encore Carla Leite arrivent notamment à Berlin avec une expérience supplémentaire acquise en WNBA.
Cette présence massive outre-Atlantique constitue pourtant aussi l'une des principales inconnues françaises. Une grande partie du groupe a rejoint tardivement la préparation alors que la saison WNBA se met en pause le temps de la compétition, laissant très peu de temps au staff pour réunir son effectif au complet. Les Bleues ont ainsi dû préparer leur Coupe du monde dans un calendrier particulièrement resserré, avec seulement deux rencontres disputées à huis clos face à la Chine, à Berlin, pour retrouver leurs automatismes avant le début de la compétition.
La France arrive donc à Berlin avec un paradoxe : rarement son réservoir de talent aura semblé aussi important, rarement aura-t-elle disposé d'aussi peu de temps pour en faire un collectif. Dans un tournoi aussi court, la capacité des Bleues à rapidement trouver leur rythme pourrait déjà peser lourd dans leurs ambitions.

Un premier tour à ne pas sous-estimer
Avant de penser aux médailles, les Bleues devront parfaitement négocier leur premier tour. Placée dans le groupe B, la France débutera face à la Hongrie, avant d'affronter la Corée du Sud puis le Nigeria. Sur le papier, les Françaises partent favorites, mais l'enjeu dépasse les trois premières victoires : terminer en tête permettrait surtout de rejoindre directement les quarts de finale et d'éviter un match supplémentaire.
Dans une compétition aussi courte, chaque rencontre peut rapidement modifier la trajectoire d'une équipe. Avec une préparation réduite et un collectif qui devra encore retrouver ses automatismes, ce premier tour peut aussi permettre aux Bleues de monter progressivement en puissance. À condition de ne pas se faire surprendre. Le Nigeria, notamment, reste sur un titre de champion d'Afrique et a déjà montré sa capacité à bousculer la hiérarchie internationale, comme le prouve son quart de finale aux derniers Jeux Olympiques.
La France connaît donc son premier objectif : prendre la première place du groupe et s'offrir le chemin le plus direct vers les quarts. Une fois la phase de groupes passée, les calculs laisseront place aux matchs couperets et à une compétition où la moindre contre-performance peut mettre fin aux ambitions françaises.

Une médaille au bout du chemin ?
Car la concurrence sera forcément immense. Les États-Unis restent la référence et les grandes favorites de la compétition, tandis que la Belgique, double championne d'Europe en titre, l'Australie ou encore l'Espagne figurent parmi les principales nations capables de jouer les premiers rôles à Berlin.
Dans ce paysage, les Bleues ont néanmoins des arguments pour regarder tout le monde dans les yeux. Leur profondeur, leur expérience du très haut niveau et la progression de plusieurs joueuses permettent à la France d'assumer ses ambitions. La question n'est donc plus réellement de savoir si cette équipe possède suffisamment de talent pour viser une médaille, mais si elle sera capable d'exprimer tout son potentiel après une préparation aussi particulière.
Une place sur le podium aurait aussi une dimension historique : la France n'y est plus montée en Coupe du monde depuis 1953. Mais au-delà de cette longue attente, Berlin doit surtout permettre de situer cette équipe dans la hiérarchie internationale. Avec son statut, son effectif et les ambitions affichées avant la compétition, les Bleues disposent d'une véritable occasion de s'installer durablement parmi les références du basket mondial.
Le talent est là, les ambitions aussi. Reste désormais à les transformer en résultats. Dès demain face à la Hongrie, l'équipe de France commencera une compétition dans laquelle elle n'avance plus simplement avec l'espoir d'aller loin : elle fait partie des équipes que l'on attend dans les derniers jours du tournoi.


